martedì 23 Aprile 2024

Sur l’exagération du rôle électoral

Le peu de sens de la controverse sur la démocratie en Russie

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Alors voilà: Nous avons eu même droit à des escarmouches au nom de la “démocratie” !

Après la réélection de Poutine, échange d’accusations entre occidentalistes et russophiles.

Les pro-Poutine ont célébré la victoire écrasante d’un candidat qui courait pratiquement seul, les autres se sont scandalisés de la mascarade mise en scène dans ce qu’ils considèrent comme une dictature.

Le sujet de discorde a été le résultat plébiscitaire obtenu par le président russe (87%) avec une grande participation électorale (67%).

Pour les pro-russes, cela prouverait que la démocratie, la participation et l’enthousiasme existent bel et bien là-bas.

Les autres signalent que les seuls des candidats admis étaient des faire-valoir approuvés par Poutine et que les opposants sont en prison, en exil ou sous terre. Ils ajoutent que les élections n’étaient pas libres mais surveillées et qu’il n’y a pas de preuves de la véracité des chiffres communiqués.

Une cacophonie sans sens car ils ont tous les deux raison mais personne ne regarde la situation dans son ensemble.

Commençons par les fraudes

Pour les russophiles, tout était régulier, pour les occidentalistes, tout était truqué.

Il est évident que le Kremlin a pu communiquer les chiffres qui lui plaisaient. Pour ce que nous en savons, il aurait très bien pu y avoir une participation de 30% de la population même si 67% ont été annoncés.

Que ceux qui ont voté aient voté pour Poutine était cependant prévisible en raison du manque d’alternatives.

Comme la technique d’empêcher les challengers de se présenter n’est pas nouvelle, rappelons que ces élections se déroulent ainsi non pas depuis seulement aujourd’hui mais depuis 24 ans (y compris les intermèdes constitutionnels du prête-nom Medvedev).

Il est très plausible que les chiffres aient été gonflés et déformés. Je connais des gens qui, en raison de leur russophilie militante, ont été présents en tant qu’observateurs lors des élections présidentielles précédentes et m’ont dit que les chiffres étaient fantaisistes. Par exemple, dans les maisons de retraite, le vote pro-Poutine était grotesquement de 100%, mais le nombre de votants était bien supérieur au nombre d’habitants et au personnel.

On peut y voir la manie habituelle de donner l’image d’unanimité, de marque de fabrique bolchévique.

Une histoire de cocus

Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y ait eu des fraudes et des menaces en Russie. Mais de quelle chaire vient la leçon ?

Quelques souvenirs personnels.

France 2002, second tour des présidentielles : une “erreur” providentielle de l’imprimerie d’État a fait en sorte que les bulletins imprimés avec le nom de Chirac et ceux avec le nom de Le Pen avaient des nuances de couleur différentes, visibles à l’œil nu. Voter pour Le Pen signifiait donc le faire sans anonymat, à la lumière du jour, en se mettant ainsi en danger physique, professionnel et fiscal.

Toujours en France, 2007, premier tour des présidentielles. Avec sa campagne sécuritaire, Sarkozy a réussi à conquérir une grande partie de l’électorat du Front National. Cette même année, le vote électronique a été introduit, mais pas dans tous les bureaux de vote. Il a étrangement capturé le double pourcentage d’électeurs du Front National par rapport à ceux qui ont voté avec un système de scrutin classique.

Italie 2005, élections régionales dans le Latium et la Lombardie, c’est-à-dire les seules où j’ai été impliqué en soutien à des candidats amis. Dans chacun des bureaux de vote où nous avions un représentant de liste, les résultats enregistrés par les scrutateurs ne correspondaient pas à ceux fournis le lendemain par le ministère de l’Intérieur. Pas seulement pour notre candidat, mais pour aucun. Selon un calcul rapide, je dirais qu’au moins dix pour cent du résultat final, probablement quinze, est régulièrement truqué au détriment des petits et “équitablement” distribué en faveur des gros.

Italie 2006, victoire de Prodi sur Berlusconi de quelques dizaines de milliers de votes, soit presque rien. Des bulletins de vote pour Berlusconi ont été retrouvés jetés à la poubelle : la fraude était très évidente, mais le vote n’a jamais été recalculé. En parlant à un stagiaire qui avait participé au dépouillement au ministère, il m’a dit que l’écart réel aurait été estimé en faveur de Berlusconi d’environ un million de voix.
Mais dans ce cas, la fraude a vraiment été décisive : Berlusconi était entré en conflit avec trop d’intérêts économiques et énergétiques et il avait contre lui tout le sous-pouvoir communiste et de la démocratie chrétienne de gauche, c’est-à-dire ceux qui ont toujours beaucoup truqué la balance dans les régions rouges.

Lorsqu’il y a une cohésion forte de régime, la fraude est beaucoup plus massive que lorsqu’il y a un conflit entre parties équitablement puissantes. La différence entre ici et la Russie réside là et non dans la transparence ou l’honnêteté.

Il existe bien sûr différents niveaux d’audace, d’arrogance, de sophistication dans la fraude : mais elle est une partie déterminante et inaliénable de la démocratie électorale, quelle que soit la forme qu’elle prend.

C’est la raison pour laquelle le débat sur les élections russes n’a pas beaucoup de sens.

Elles sont fausses, truquées et aussi crédibles en même temps et elles n’ont aucune incidence sur la réalité.

Les éléments sur lesquels nous devrions réfléchir sont autres

Par exemple : comment pouvait-on penser que les Russes ne voteraient pas pour Poutine ?

Lorsqu’un peuple est en guerre, il vote toujours pour son chef de gouvernement et se range derrière son chef d’État. Le contraire serait vraiment étrange.

Pensons à la popularité dont jouissait Churchill en Angleterre, popularité qu’il a cependant perdue immédiatement après la Guerre, ou à la quasi-dictature qui a été accordée à Roosevelt aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Probablement une telle popularité valait également pour Staline en Russie à cette époque.

Quand en Italie le roi fit arrêter Mussolini, aucun fasciste ne s’est soulevé : cela est arrivé six semaines plus tard lorsque, au lieu de mener la nation en guerre, Vittorio Emanuele a capitulé.

Seuls des naïfs pouvaient croire que Poutine aurait été renversé par son peuple en temps de guerre. Mais ce consentement dans une situation d’urgence n’a aucun rapport avec la cause ni la noblesse.

Ce n’est pas la popularité de Churchill, Roosevelt et Staline qui a valorisé la guerre impérialiste des plutodémocraties, c’est seulement la propagande ininterrompue des vainqueurs. L’opinion publique américaine n’a certainement pas moufté devant le génocide des Amérindiens ou les bombes atomiques sur le Japon, mais cela ne rend pas ces crimes contre l’humanité acceptables.

Le défaut réside en amont, que l’on espère un rejet de Poutine ou que l’on se réjouisse de son succès : ce défaut est la superstition de la démocratie idéalisée sans raison, tandis que les masses sont influencées par des stimuli psychologiques induits par les situations et les conditionnements et ne décident de fait rien.

Au lieu de discuter des élections russes, il serait préférable de s’interroger sur le pluralisme qui n’y apparaît pas dans les défis électoraux, mais se déroule en coulisses et de manière sanglante.

Ce conflit a entraîné en deux ans plus de vingt morts plus ou moins notables, impliquant de hauts fonctionnaires, des oligarques, des journalistes, tous victimes d’accidents ou d’attentats attribués de manière fantaisiste aux Ukrainiens, qui n’avaient aucun intérêt visible à cela, ou à des armées clandestines russes fantomatiques.

L’erreur commise en Occident est de croire que Poutine est tout-puissant localement. Il est certainement un homme puissant, mais surtout un grand médiateur, un véritable parrain corleonais, capable d’assurer la cohésion interne dans le conflit entre gangs. Produit d’un système, soutenu par Eltsine et Primakov, homme des services soviétiques et donc des mafias de pouvoir, il est le liant russe.

Les Américains eux-mêmes l’ont expliqué lorsqu’ils se sont ouvertement rangés à ses côtés lors de la révolte de Prigojine.

Il n’existe pas une ligne-Poutine : il y en a eu plusieurs au fil des années. Même les orientations qui s’opposent aujourd’hui ont toutes pour origine le Kremlin. Du pro-chinois de Karaganov, au pro-européen de Kortunov, en passant par celui plus neutre de Bordachev.

Depuis 2000, la Russie a plusieurs fois changé de politique et d’alliances, mais toujours sous le couvert du parrain-médiateur Poutine.

La question que nous devrions donc nous poser est quel Poutine aurons-nous dans les années à venir. Autrement dit, si la Russie continuera à être attirée par la Chine ou si elle changera à nouveau d’orientation, et ce ne seront certainement pas les urnes qui nous le révéleront.

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